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ulaval 23/11/2013 - 12:01AM

Des images animées pour documenter le monde et pour critiquer

Au moment de publier ce billet, les 12e Sommets du cinéma d’animation de Québec sont en cours au Cinéma Le Clap jusqu’au 24 novembre. Ces Sommets sont organisés annuellement par Antitube, un organisme de diffusion d’événements cinéma et vidéo à Québec, et auront lieu à Québec et Montréal (cette année, ils seront à la Cinémathèque Québécoise du 27 novembre au 1er décembre).
Les Sommets du cinéma d’animation, c’est une longue fin de semaine rendant hommage à l’animation sous toutes ses formes et présente une sélection actuelle étudiante, nationale et internationale de courts-métrages d’animation usant de multiples techniques d’animation, de narration et abordant une diversité de thèmes.

Pourquoi vous en parler?
On associe assez rarement cinéma d’animation et documentaire, et pourtant, l’animation constitue un pan de plus en plus important de la production cinématographique documentaire. Si plusieurs réalisateur(trice)s s’en servent pour une partie de leur documentaire, comme c’était le cas dans Myths for Profit d’Amy Miller où une bonne portion documentaire est animée, d’autres choisissent de s’exprimer entièrement sous cette forme comme ce fut le cas d’Ari Folman pour La Valse de Bashir (bande-annonce : youtu.be/q5E5kXQZIlg) ou encore de Danic Champoux pour Mom et moi (Bande-annonce : vimeo.com/61912543).

Ces deux exemples représentent d’ailleurs une des raisons pour lesquelles plusieurs choisissent l’animation : pour traiter de sujets délicats dont les images peuvent être parfois dures (scènes souvenirs de guerre au Liban dans la Valse de Bashir, les scènes en lien avec les activités des Hell Angels et l’adolescence du personnage dans Mom et moi). D’ailleurs, on retrouve souvent des sujets qui sont intimes pour les cinéastes abordés sous forme d’animation, tels que les deux cas ci-dessus.

Le documentaire animé est une forme à ne pas négliger, tellement que le festival Dok Leipzig y dédie une section depuis des décennies : Animadocs et a même instauré cette année un nouveau prix pour souligner le travail des documentaristes-animateurs.

Voici d'ailleurs trois suggestions de documentaires animés à voir durant les Sommets de l’animation de Québec en cours :

  • 23 novembre 17 h Compétition internationale 2
    Recycled de Lei Lei et Thomas Sauvin qui part d’images d’archives sur 30 ans d’une zone de recyclage en périphérie de Beijing, un portrait photographique de la capitale et de la vie de ses habitant-e-s.
  • 23 novembre 21 h
    Tito on Ice de Max Andersson et Helena Ahonen, un long-métrage documentaire sur le voyage de deux bédéistes dans les pays de l'ex-Yougoslavie pour promouvoir leur dernière oeuvre.
  • 24 novembre 21 h Compétition étudiante 2
    Reality 2.0 de Victor Orozco Ramirez un court-métrage animé documentaire sur les violences liées au trafic de drogue au Mexique.

Les forces et possibilités du cinéma d’animation
Si le choix d’utiliser l’un des médiums du cinéma d’animation peut être esthétique, d’autres raisons peuvent motiver ce choix, sans oublier que l’animation permet certaines choses qui sont plus difficiles à faire autrement.
Si parfois l’animation peut permettre de contourner le manque ou le peu de matériels visuels sur un événement, une période, etc. ou de pallier aux coûts de reproduire/filmer directement des scènes, d’autres fois, ce sont des images d’archives qui servent de point de départ pour un documentaire animé tel que c’était le cas dans Aurevoir Mandima, l’un des courts-métrages présentés lors de la soirée du 12 septembre au Tam Tam Café, Conscience en émergence. Dans ce court-métrage, le cinéaste utilise des images de son enfance au Zaïre pour revisiter ce moment de rupture dans sa vie où sa famille, d’origine européenne, a quitté le pays avant le début du conflit.

Ce sont souvent ces mêmes raisons qui expliquent le recours de l’animation dans des formes plus conventionnelles du documentaire : soit le manque ou la volonté de ne pas qu’utiliser des images d’archives, les coûts associés à la reproduction de scènes, des sujets délicats ou très personnels.
Dans Myths for Profit, présentation de lundi dernier, Amy Miller a décidé de se servir de l’animation pour expliquer l’OTAN, sa création et son évolution, de façon ludique et dynamique (Entrevue ici : http://www.nataliagnecco.com/).

D’autres fois, l’animation, dans une séquence ou pour l’entièreté d’une œuvre, sert à nous projeter dans un avenir plus ou moins rapproché, tels que dans The Age of Stupid où quelques effets animés en 3D représentent le monde dévasté de 2055 ou bien Pax Americana où des graphiques animés permet de comprendre ce qui adviendrait si le réseau satellitaire faisant fonctionner tellement des services de communications et de logistique de par le monde venait à faillir pour une raison quelconque (Voir segment ici : vimeo.com/11203708.

Les techniques et médiums d’animation utilisés sont multiples, donnent lieu à une grande variété esthétique et s’adaptent à une diversité infinie de sujets. On n’a certainement pas fini de voir apparaître des documentaires animés ou des séquences animées dans des documentaires.

Le cinéma d’animation pour voir le monde autrement et tel qu’il est au-delà des apparences
Au-delà de documenter des faits réels, vécus par son auteur, les sujets du film ou des faits historiques, plusieurs produisent des œuvres à caractère politique, fictionnelles ou entre le documentaire et l’essai, entre l’essai et le manifeste. Critiques plus ou moins virulentes des sociétés et de ses systèmes politiques et économiques, propagandes de valeurs sociales et politiques à soutenir (exemple notoire des « efforts de guerre » de Walt Disney et des nombreuses propagandes contre les Nazis et les Japonais créés durant la Deuxième Guerre mondiale), l’animation peut parfois être le véhicule d’un monde idéalisé, d’un monde à construire et d’autres fois celui d’un monde à déconstruire, à analyser scrupuleusement, à dépasser.

Un exemple que certain-e-s d’entre vous ont pu visionner le 12 septembre dernier est Manifeste de Sarah Quirion, aux frontières du documentaire, mais bel et bien politique, où la réalisatrice s’interroge sur ce qui nous pousse ou non à agir et à vouloir résister à l’inertie dominante.
L’année passée, une des activités spéciales des Sommets de l’animation mettait en lumière le travail de Lei Lei, un animateur chinois dont les œuvres sont des critiques sociopolitiques plus souvent qu’autrement très peu déguisés. Vous pouvez contempler un échantillon de son travail sur la Médiathèque de la Bande Vidéo : mediatheque.labandevideo.com/
Enfin, le festival de cinéma d’animation Klik Amsterdam dédie un volet de la sélection en compétition aux « Political animated ».

Si pour certain-e-s, user de l’animation est une question d’arriver à exprimer leurs idées, leurs visions, ce qu’ils et elles n’arrivent peut-être pas à faire dans un autre format, pour d’autres, l’animation permet de passer outre certaines barrières matérielles, financières et temporelles pour représenter, projeter et déconstruire le réel. Pour d’autres personnes, il s’agit d’explorer de nouveaux médiums et formes pour partager et échanger des idées, ce qui semble être le cas de David Dufresne, documentariste, derrière le projet attendu de webdoc-jeu Fort McMoney produit par l’ONF et TOXA en collaboration avec ARTE. En ligne dès lundi 25 novembre, le jeu permettra de découvrir les différentes facettes de la ville albertaine Fort McMurray, plaque tournante de l’exploitation des sables bitumineux, et appellera ses utilisateurs à déterminer ensemble l’avenir de la ville. Un projet qui use de divers médiums pour apprendre et réfléchir autrement.

Tout cela pour dire qu’on n’a pas fini d’innover sur divers supports, certains anciens, d’autres nouveaux, afin de faciliter la circulation d’informations et d’idées et que les œuvres à caractère politiques se trouvent un peu partout, sur tous les médiums ou presque, sous divers formats, sur des supports parfois étonnants! Restez à l’affût!

Quelques autres ressources sur le documentaire animé :

Rappel en lien avec les Sommets de l’animation de Québec
23 17 h et 24 novembre 21 h au Clap, deux blocs à voir, entre autres choses! Ainsi que le 23 novembre 21 H au Clap, Tito on ice!